Comment interpréter le revirement d'Enki ?; Bottéro-Kramer; Lorsque les dieux faisaient l'homme.

Après avoir largement distribué d’un coup à Inanna tous les trésors de la haute culture, Enki se repent, comme on l’entend fort bien à ses efforts pour récupérer le bateau et son chargement : il prend, en quelque sorte, conscience d’avoir agi dans une sorte d’état second, qui ne l’avait pas laissé entièrement libre et lucide ; alors que, dans les sept sages, c’est délibérément qu’il avait livré aux hommes le savoir-vivre et le savoir-faire. Pourquoi cette différence ? Si l’on écarte comme invérifiable le souvenir d’une antique rivalité culturelle, voire politique, entre Eridu et Uruk, ce « repentir » traduirait-il une façon de jalousie, très humaine, par l’effet de laquelle Eridu et Enki eussent préférer briller seuls des avantages et prérogatives de la civilisation, extorquée par ruse et accordée par faiblesse ? Compte tenu de ce que nous croyons connaître par ailleurs de la « mentalité » des anciens mésopotamiens, une telle hypothèse serait du moins plus admissible qu’une autre vision des choses, franchement pessimiste et dans laquelle se ferait jour comme un pressentiment des malfaçons et des excès dans laquelle cette boite de pandore ne manquerait pas, quelque jour, de précipiter les hommes.

Pg 256

Lorsque les dieux faisaient l’homme, Mythologie mésopotamienne par Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer, Bibliothèque des Histoires, nrf, Éditions Gallimard.]]>

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