Déméter recherche Perséphone; Hymne 2, pour Déméter ; Hymnes Homériques ; Hésiode

Pendant neuf jours, par toute la terre,

la reine Dèô1

tourna en rond, tenant en main

des torches enflammées ;

dans sa douleur elle ne toucha

ni à l’ambroisie ni au nectar

qui est bon à boire ; elle refusa

de baigner son corps.

Au dixième jour, quand parut

l’aurore lumineuse,

Hécate vint à sa rencontre,

tenant à la main une lampe,

et lui dit ce qu’elle savait ;

voici comment elle parla :

« Reine Déméter, maîtresse des saisons,

douce bienfaitrice,

qui parmi les dieux du ciel

ou les hommes qui meurent

a enlevé Perséphone

et t’a brisé le cœur ?

J’ai entendu la voix,

mais de mes yeux je n’ai pas vu

qui c’était. Voila tout ce que je puis

te dire de certains. »

Ainsi parlait Hécate, la fille

de Rhéïa aux longs cheveux

ne lui répondit rien, mais au plus vite

elle partit avec elle,

et toujours elle tenait en main

des torches enflammées.

Elles arrivèrent près de Soleil,

qui voit les hommes et les dieux.

Elles arrêtèrent ses chevaux,

et la grande déesse lui dit :

« Soleil, traite-moi avec respectent

(je suis une déesse), si jamais

d’un mot, d’un geste j’ai fait du bien

à ton cœur ou à ton âme.

La fille que j’ai enfantée,

douce fleur si belle,

je l’ai entendue pousser des cris

à travers l’air infertile,

comme si on lui faisait violence,

mais je n’ai rien vu de mes yeux.

Mais toi, car tu regardes avec tes rayons

du haut de la divine lumière

tout ce qui a lieu sur la terre

et jusqu’au fond de la mer,

dis-moi, de manière certaine,

cette enfant, si tu l’as vue :

qui alors que j’étais loin,

par la contrainte, malgré elle,

qui me l’a prise, qui des dieux

ou des hommes qui meurent? »

Voici ce qu’elle dit. Et le fils d’Hypérion

lui répondit par ces mots :

« Fille de Rhéïa aux longs cheveux,

princesse Déméter,

tu va le savoir. Car j’ai pour toi

grand respect, grande pitié :

tu souffres à cause de ta fille

(elle a de fines chevilles).

Aucun autre dieu n’est responsable que Zeus Maître-des-Nuages.

Il en a fait cadeau à Hadès

qui est son propre frère

et qui, toute belle, en fera

sa femme ; avec ses chevaux

il l’emporte dans le brouillard obscur.

Elle pousse des cris.

Déesse, arrête de pleurer ;

non, il ne faut pas

que tu vives toujours dans la colère ;

ce n’est pas un gendre

sans allure parmi les immortels,

Aïdoneus1, Maître des Foules.

C’est ton propre frère, il a mêmes parents ;

aux premiers temps

quand le monde fut partagé

en trois, il a reçu

une belle part et il est roi

de qui habite près de lui. »

Voici ce qu’il dit. Et il lança ses chevaux ;

eux, à son cri,

emportèrent vite le char,

comme des oiseaux à grandes ailes.

Pour elle une douleur plus sombre, plus cruelle

la toucha au cœur.

Elle était en colère

contre Kroniôn Nuages-Noirs.

Elle tourna le dos à l’assemblée des dieux,

aux grand Olympe.

Elle alla vers la ville des hommes

et leurs riches domaines.

Pendant longtemps elle se fit

méconnaissable. Personne,

homme ou femme à l’ample giron,

en la voyant ne la reconnut.

Finalement elle atteignit

la maison de Kéléïos le sage,

qui régnait alors sur Éleusis aux bonnes senteurs.

Elle s’assit sur le bord du chemin, le cœur malheureux,

près du Puits-aux-Filles,

où les habitants venaient chercher l’eau

à l’ombre – car au-dessus d’elle,

poussait un bel olivier.

Elle ressemblait à une vieille chargée d’ans

qui ne peut plus

enfanter, ou jouer le jeu

d’Aphrodite couronnée.

Telles sont, chez les rois qui disent le droit,

les nourrices

des enfants ou les intendantes

dans les maisons où les bruits résonnent.

1:Autre nom de Déméter, peut-être le nom primitif:Déméter semble formé de Dè- et de -meter (qui signifie évidemment mère)

2: Hadès

v.47-104

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