Les coutumes Perses; Enquête, Hérodote

Les Perses ont, je le sais, les coutumes suivantes: ils n’élèvent aux dieux ni statues, ni temples, ni autels, et traitent d’insensés ceux qui leur en élève; c’est, je pense, qu’ils n’ont jamais attribué de forme humaine à leurs dieux, comme le font les Grecs1. Ils ont coutumes d’offrir des sacrifices à Zeus au sommet des montagnes les plus élevées – ils donnent le nom de Zeus à toute l’étendue de la voûte céleste. Ils sacrifient encore au Soleil, à la Lune, à la Terre, au Feu, à l’Eau et aux Vents: ce sont les seuls dieux auxquels ils aient de tout temps sacrifié; mais ils ont appris des Assyriens à sacrifier aussi à l’Aphrodite Céleste2: cette déesse se nomme chez les Assyriens Mylitta, chez les arabes Alilat, chez les Perses Mitra3.

Voici comment les Perses sacrifient aux divinités indiquées ci-dessus. Ils n’élèvent pas d’autels et n’allument pas de feu pour leurs sacrifices; ils n’emploient ni libations, ni flûte, ni bandelettes, ni grains d’orge. Qui veut sacrifier à l’un de ces dieux conduit la victime dans un lieu pur et invoque le dieu, après avoir posé sur sa tiare une couronne, faite de Myrte en général. Il ne lui est pas permis, au cours du sacrifice, d’invoquer la protection divine pour lui seul: il prie pour la prospérité de tous les Perses et celle du roi, car il est lui-même compris dans le nombre. Quand il a découpé la victime et fait cuir les chairs, il prépare un lit d’herbe la plus tendre, du trèfle en général, sur lequel il dépose toutes les viandes: il les étale soigneusement, puis un Mage debout près de lui chante une théogonie (tel est, disent-ils, le sens de leur chant); sans Mage, ils n’ont pas le droit de faire des sacrifices. L’on attend un moment; ensuite l’homme qui a offert le sacrifice emporte les viandes et en dispose à son gré.

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Ils ont aussi l’habitude de décider, quand ils sont ivres, des questions les plus importantes. Les décisions prises en cet état leur sont soumise le lendemain, quand ils ont retrouvé leur lucidité, par le maître de maison chez qui ils délibèrent. Si, à jeun, ils les adoptent encore, ils les appliquent; sinon, ils les rejettent. Inversement, lorsqu’ils ont d’abord étudié une question à jeun, ils la reprennent quand ils sont ivres.

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Ils jugent le mérite d’un homme d’abord à sa valeur guerrière, puis au nombre de ses fils; l’homme qui peut en montrer le plus reçoit chaque année des présents du roi, car le nombre, pour eux, fait la force. Leurs enfants, de cinq ans jusqu’à vingt ans, apprennent trois choses seulement: monter à cheval, tirer de l’arc et dire la vérité. Avant cinq ans, un garçon ne parait jamais devant son père et vit auprès des femmes – ceci pour éviter au père un chagrin, au cas ou l’enfant mourrait en bas âge.

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Personne, disent-ils, n’a jamais tué son père ou sa mère: quand pareil crime a été commis, l’enquête, affirment-ils, prouve inévitablement qu’il y avait eu substitution d’enfant ou adultère; car il n’est pas vraisemblable, disent-ils, qu’un fils puisse faire périr le véritable auteur de ses jours.

1:Les Perses avaient des temples où brulait le feu sacré, et des autels en plein air; leur dieu suprême Ahuramazda (Aura-Mazda: Seigneur-Sagesse; Ormuzd est la contraction pehlevi (Perse-moyen, langue iranienne descendant du vieux perse)) est figuré sur des bas-reliefs émergeant à mi-corps d’un disque ailé représentant le ciel.

2:la déesse syrienne Atargatis ou Dercéto est assimilée par les Grecs à leur « Aphrodite Céleste » (Ouranie, fille d’Ouranos, le Ciel) invoquée sous ce nom dans les îles de Chypre et de Cythère où elle avait des temples célèbres.

3:Ahuramazda, créateur du monde et dieu du ciel, a été identifié par les grecs à leur propre dieu du ciel et dieu suprême, Zeus; à coté de lui, les Perses adoraient les forces de la nature divinisées: le soleil (Mithra), la lune (Mah), la terre (Zam), le feu (Atar), l’eau (Apam Napat), le vent (Vahyu). La déesse qu’Hérodote appelle Mitra, nom de désinence féminine pour un grec, mais qui désignait le soleil, Mithra, est Anahita, déesse des eaux et de la fécondité, qu’il identifie à la déesse assyrienne Mylitta et à la déesse Arabe Alilat; Hérodote ignore le nom et la doctrine de Zarathustra (Zoroastre),-doctrine qui se rependait en Perse depuis le siècle précédent mais ne fut d’ailleurs pas connue des grecs avant Platon et Aristote-, le dualisme opposant les principes du bien et du mal, Ormuzd et Ariman, le culte du feu, le breuvage sacré: l’haoma; mais certains des rites qu’il indique appartiennent au système Zoroastrien.

pg 112-115

L’Enquête, Livre I, Hérodote, Edition d’André Barguet, folio classique.

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