Linga; Chevalier et Gheerbrant; Dictionnaire des symboles

Linga

Le mot Linga signifie signe. Mais nous avons noté que sa racine était le même que celle de langalâ (charrue), racine qui désigne à la fois la bêche et le phallus. Le linga est donc bel et bien un phallus et le symbole de la procréation. Encore faut-il remarquer que l’érotisme lui est totalement étranger. La forme subtile nommée linga-sharîra s’oppose toujours à sthûla-sharîra, qui est la forme grossière. Linga est le signe d’une source de vie. La base du linga, cachée dans le socle, est carrée ; la partie médiane est octogonale, la partie supérieure cylindrique : elles correspondent respectivement à Brahmâ, Vishnu, et Rudra, mais aussi à la terre, au monde intermédiaire et au ciel. Le linga dans son ensemble est le symbolise de Çiva en tant que principe causal, en tant que procréateur. Le linga n’appartient pas à Çiva : il est Çiva. Mais le linga, seul appartient au domaine de l’informel, du non-manifesté. Seule, sa dualité avec la yoni, qui figure l’organe génital féminin permet de passer du principe à la manifestation. La yoni (matrice) est l’autel, la cuve entourant le linga ; elle est le réceptacle de la semence.

La fertilisation de la terre s’exprime idéalement par les linga naturels, existant par eux-mêmes, pierres dressées au sommet de la montagne (ainsi que les lingaparvata du Fou-nan et du Champa) qui évoque de façon frappante le bétyle, ou Beth-el (=Maison de Dieu) de Jacob, sur lequel le patriarche versa de l’huile comme on verse de l’eau sur les linga. La parenté symbolique de l’œuf et du linga montre en outre que ces Swâyambhuva-linga sont bien des omphalos, des nombrils du monde, où se résument toutes les possibilités de la manifestation. Au Japon, on enterre des petites représentations phalliques, en pierre ou en terre, pour la prospérité des champs.

Le linga, symbole central, est aussi un symbole axial. Le linga de lumière manifesté par Çiva, dont le sanglier-Brahmâ cherche la base et l’oie-Vishnu le sommet, coïncide bien avec l’axe du monde. C’est pourquoi Vishnu et Brahmâ apparaissent respectivement comme les gardiens du zénith et du nadir1. Dans maints temples en forme de mandala (on en trouve notamment à Angkor) le linga central s’entoure de huit linga secondaires, qui correspondent aux huit hypostases2 de Çiva (astamurtî), mais aussi aux points cardinaux et aux points intermédiaires, ainsi qu’aux huit graha3 entourant le soleil. Ce n’est pas le seul cas ou Çiva, associé généralement à la lune, assume en fait un rôle solaire.

Symbolisme axial encore : dans le Yoga au milieu du centre-racine (muladhâra-chakra), qui correspond à la yoni, est visualisé un linga de lumière, autour duquel s’enroule le serpent de la kundalini4. Ce linga est le pouvoir de la connaissance ; l’union du linga et de la yoni engendre la connaissance. Au cours de l’expérience yoguique, la colonne de lumière s’élève jusqu’à la couronne de la tête et la traverse : elle s’identifie au linga flamboyant de Çiva.

L’alchimie indienne constitue des linga de mercure : c’est que l’alchimie est d’origine Çivaïte, que le mercure correspond à la lune, et par conséquent à Çiva.

On notera encore que le symbole du linga paraît subsister dans le rite cambodgien du popil : il s’agit d’une circumambulation, accomplie en portant un plateau (yoni) surmonté d’une bougie allumée (linga) (Bhattacharya K., Les religions brahmanaiques de l’ancien Cambodge, Paris, 1961; Danielou Jean, les mystères de l’Avent, Paris, 1948; Eliade Mircea, Forgerons et Alchimistes, Paris, 1956; Mallmann M.-T., les enseignements iconographiques de l’Agni Purâna, Paris, 1963; Poree-Maspero E., études sur les rites agraires des cambodgiens, Paris-La Haye, 1962).

Beaucoup d’adorateur de Çiva ne voient dans le linga que l’archétype de l’organe générateur ; d’autres le considèrent comme un signe, une icône de la création et de la destruction rythmique de l’Univers qui se manifeste dans les formes et se réintègre périodiquement dans l’unité primordiale, préformelle, afin de se régénérer (Eliade Mircea, Traité d’histoire des religions, Paris, 1949, nouvelle édition 1964, pg 20). Les deux conceptions s’unissent dans la complémentarité des symboles.

En chine, c’est une pièce de jade, en forme de triangle allongé, Kuei, qui équivaut au linga hindou. Celui-ci se retrouve fréquemment au centre des temples, aux carrefours, aux sommets, rappelant le mystère de la vie et le caractère sacré de l’acte de procréation : il symbolise les hiérogamies (mariages sacrés).

1:nadir:De l’arabe نَظِير, nazir (« opposé »). Point de la sphère céleste directement opposé au zénith et directement en dessous de l’observateur.

    • En deux points du globe ayant respectivement la lune au zénith et au nadir, la surface des océans à tendance à monter créant une pleine-mer. (Wiktionnaire)

2:hypostase : Terme de théologie. Suppôt, personne. Il y a en Dieu trois hypostases et une seule nature.

étymologie:Terme dérivé de deux mots grecs traduits par : sous et action de se tenir. (Littré)

3:graha

4:kundalini

Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Bouquins, Robert Laffont/Jupiter, 2008.

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