Pierre (Partie 1); Chevalier et Gheerbrant; Dictionnaire des symboles

Pierre (Partie 1)

Dans la tradition, la pierre occupe une place de choix. Il existe entre l’âme et la pierre un rapport étroit. Suivant la légende Prométhée, procréateur du genre humain, des pierres ont conservés une odeur humaine. La pierre et l’homme représente un double mouvement de montée et de descente. L’homme naît de Dieu et retourne à Dieu. La pierre brute descend du ciel ; transmuée, elle s’élève vers lui. Le temple doit être construit avec la pierre brute, non de la pierre taillée :… en levant ton ciseau sur la pierre, tu la rendrais profane (Exode, 20, 25 ; Deutéronome, 27, 5 ; 1 Rois, 6, 7). La pierre taillée n’est en effet qu’œuvre humaine, elle désacralise l’œuvre de Dieu, elle symbolise l’action humaine substituée à l ‘énergie créatrice. La pierre brute est aussi symbole de liberté, la pierre taillée de servitude et de ténèbres.

La pierre brute est encore considérée comme androgyne, l’androgynat constituant la perfection de l’état primordial. Est-elle taillée, les principes se séparent. Elle peut être conique ou cubique. La pierre conique représente l’élément masculin et la pierre cubique l’élément féminin. Le cône est-il posé sur un socle, les principes masculin et féminin se trouvent de ce fait réunis. Il est souvent fait allusion à la pierre levée des Celtes, que l’on trouve sous la forme de clocher dans les églises. Quand le culte avait lieu sur la pierre, il ne s’adressait pas à la pierre elle-même, mais au dieu dont elle était devenu le lieu de résidence. Aujourd’hui encore la messe romaine est célébrée sur une pierre placée dans une cavité sur l’autel, dans laquelle se trouve insérées des reliques de saints martyrs.

Les pierres ne sont pas des masses inertes ; pierres vivantes tombées du ciel, elle demeure animée après leur chute.

La pierre, comme élément de la construction, est liée à la sédentarisation des peuples et à une sorte de cristallisation cyclique. Elle joue un rôle important dans les relations entre le ciel et la terre : à la fois par les pierres tombées du ciel et par les pierres dressées ou entassées (mégalithes, bétyles, cairns). Divers peuples, de l’Australie et de l’Indonésie à l’Amérique du nord, considère le quartz comme des fragments détachés du ciel, ou du trône céleste : il est l’instrument de la clairvoyance des chamans. Les pierres tombées du ciel sont d’ailleurs très souvent des pierres parlantes, instrument d’un oracle ou d’un message.

Il s’agit le plus souvent d’aérolithes, telle la pierre noire de Cybèle et plusieurs de ces homologues grecques, le palladium de Troie, le bouclier des Saliens, la pierre noire enchâssée dans la Ka’ba de La Mecque, celle que le Dalaï Lama reçut du Roi du monde. Le cas des pierres de foudre est différent, car elles sont le symbole de la foudre même, donc de l’activité céleste, et non de sa présence ou de son effet (dans le même sens, la hache de pierre de Parashu-Râma et le marteau de pierre de Thor). On peut encore citer la pierre tombée du front de Lucifer et dans laquelle, selon Wolfram d’Eschenbach, fut taillé le Graal. Si les pierres tombent du ciel, c’est qu’il est souvent considéré – en Chine notamment – comme la voûte d’une caverne. Et c’est inversement la raison pour laquelle les concrétions calcaires suspendues à ces voûtes, les stalactites ou moelle de roche, servaient à préparer des drogues d’immortalité fort prisées par les Taoïstes.

Si la pierre noire de Cybèle, image conique de la montagne, était un omphalos, cette fonction est surtout celle des pierres dressées, dont la plus connue est celle de Beith-el de Jacob, la maison de Dieu. C’est sans doute aussi la signification de certaines mégalithes celtes, et le cairn, tas de pierre, évoque la montagne centrale. L’omphalos de Delphes, l’autel de Délos, la pierre qui, à Jérusalem, supportait l’Arche de l’Alliance, voire la pierre de l’Autel des églises chrétiennes, sont le symbole de la présence divine, ou tout au moins les supports d’influences spirituelles. C’est aussi le cas de la pierre du couronnement de Westminster, qui servit au sacre des rois d’Irlande. La même signification se retrouve au Viêt-nam où les pierres levées sont toujours les habitacles des génies protecteurs : elles servent d’écran contre les influences néfastes qui s’en détournent.

La pierre est encore un des symboles de la Terre-Mère, et ce fut l’un des aspects du symbolisme de Cybèle. Selon plusieurs traditions, les pierres précieuses naissent de la roche après avoir mûri en elle. Mais la pierre est vivante et donne la vie. Au Viêt-nam, il arrive que la pierre saigne sous l’action de la pioche. En Grèce après le déluge, les hommes naquirent des pierres semées par Deucalion. L’homme naissant de la pierre se retrouve dans la tradition sémite, et certaines légende chrétiennes en font même naître le Christ. Sans doute faut-il rapprocher ce symbole de la transformation des pierres en pain dont parle l’évangile (Matt. 4, 3). Beithel (maison de Dieu serait devenu Beith-lehem (maison du pain) ; et le pain eucharistique a supplée la pierre comme lieu de la Présence réelle. En chine, Yu-le-grand naquit d’une pierre, et son fils K’i d’une pierre également, qui se fendit du côté nord.

1: Omphalos : selon la cosmogonie de la religion grecque antique, Zeus aurait lâché deux aigles des points extrêmes oriental et occidental du monde. Au point où ils se rencontrèrent, Zeus aurait laissé tomber l’Omphalos marquant ainsi le centre, le « nombril du monde ». Plusieurs omphalos furent érigés durant l’antiquité à travers le bassin méditerranéen mais le plus célèbre mais le plus célèbre est celui de l’oracle de Delphes, pierre de forme conique, directement placée dans l’adyton du temple oraculaire d’Apollon, entourée de tissus et surmonté de deux aigles en or. La tradition situait la tombe de Python vaincu par Apollon sous l’omphalos. L’omphalos serait une pierre substituée à Zeus nouveau-né et avalée par Kronos …… Le mot omphalos signifie ombilic en grec mais il désigne aussi, d’une façon générale, tout ce qui est centre, et plus spécialement le moyeu d’une roue. Il y a pareillement, dans d’autre langues, des mots qui réunissent ces différentes significations : telles sont, dans les langues celtiques et germaniques, les dérivés de la racine nab ou nav, en allemand, nabe, moyeu et nabel, ombilic ; de même, en anglais, nave et navel, ce dernier mot ayant aussi le sens général de centre ou de milieu ; et en sanskrit, le mot nâphi, dont la racine est la même, a les deux acceptions à la fois. (Wikipédia)

Pour plus de détail voir l’article « Omphalos »

Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Bouquins, Robert Laffont/Jupiter, 2008.

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