Lorsque motivation d'enseignant et enseigné ne concordent pas ; Laborit

Après avoir beaucoup parlé de pouvoir, nous en sommes arrivés à mettre son existence même en discussion au profit de celle de la rigidité d’un système. Ne serait-ce pas parce que là encore on a confondu information, finalité, fonction et structure ? La fonction d’un maître est de transmettre certaines informations pour éviter à l’enseigné de parcourir seul à nouveau le chemin cahoteux des connaissances humaines depuis la préhistoire. Sa fonction n’est pas d’imposer cette formation et pour l’imposer il doit utiliser des moyens de coercition. S’il en arrive là, c’est que la finalité de l’enseigné n’est pas la sienne et que dans l’ensemble structuré que représente une classe, chacun des éléments ne concourt pas à la même finalité. Il faut donc chercher à fournir à tous les éléments une même finalité à leurs motivations fondamentales. Mais la motivation de l’enseignant est-elle toujours de transmettre une information ou n’est-elle pas plus souvent de se soumettre à un certain programme imposé pour faciliter, par sa soumission à ce programme, son avancement hiérarchique ? La nouvelle grille ; Henri Laborit ; Folio Essai ; Gallimard. Pg 189]]>

Impossible de propager des idées dont le système ne veut pas; Laborit

Il faut enfin préciser un malentendu concernant la notion de pouvoir. Celui qu’il est convenu d’appeler l’intellectuel, surtout spécialisé dans une certaine technique, bénéficierait, pour certains, d’un pouvoir. On peut admettre en effet que s’il se révèle un propagandiste efficace des jugements de valeur qui constituent l’armature de la société où il vit, il sera gratifié en conséquence : les moyens de travail, l’accès aux moyens de diffusion des lieux communs qu’il exprime, les « honneurs », les satisfactions académiques lui seront accordées pour avoir joué ce rôle d’ « honnête homme », de véritable humaniste qui a fait preuve de tant d’élévation d’esprit. En effet, l’élévation de l’esprit n’est réalisable on le sait que dans le sein de l’idéologie dominante, celle qui assure la solidité des structures hiérarchiques en place. Grâce à un glissement parfaitement injustifié, mais cohérent avec le système, on utilise le crédit spécialisé qu’il a acquis dans sa discipline, pour valider dans le public les jugements de valeur conformistes sur des problèmes très généraux. En quoi consiste d’ailleurs le pouvoir d’un individu, qui n’a jamais fait que reproduire. ? Il faut en effet qu’un pouvoir s’accompagne aussi de la possibilité d’utiliser des moyens de coercition. Un pouvoir réel s’accompagne des moyen de faire respecter son expression soit par l’argent, soit par la presse, soit par la police, soit par l’élimination hors de l’échelle hiérarchique des concurrents ou des contestataires. Peut-on reprocher alors à celui qui émet des idées neuves de posséder et de rechercher un pouvoir s’il n’a aucun moyen coercitif de faire adopter ses idées en dehors du consensus afférent à toute découverte lorsqu’elle est confirmée par des expérimentations multiples faites par d’autres. ? Peut-on dire que Galilée en disant en aparté « et pourtant elle tourne », possédait un pouvoir ? Le pouvoir n’était-il pas entre les mains du tribunal qui venait sous la menace d’émettre une opinion plus conforme aux préjugés du moment ? Le pouvoir qui serait attaché à l’opinion d’un spécialiste dans le domaine de sa discipline n’est-il pas confiné à l’expression de cette opinion dans le conformisme idéologique de la société où il vit ? Le créateur peut-il réellement bénéficier d’un pouvoir, puisque transformant les structures sociales ou conceptuelles, il ne pourra jamais bénéficier des moyens de coercition dont bénéficierait l’individu conforme, inscrit dans un système hiérarchique qu’il a respecté et qui le gratifie en lui permettent par exemple de décider, en jugeant de leur conformisme, de l’évolution hiérarchique de ceux qui vont lui succéder à l’intérieur de sa discipline ? Le créateur ne fait que fournie des informations nouvelles, il n’a pas de moyens de coercition pour les faire accepter. C’est pourquoi d’ailleurs elles sont généralement si lentes à se généraliser et si difficiles à imposer. C’est pourquoi aussi elles sont si rares, car très peu gratifiantes dans un système hiérarchique solidement structuré. La nouvelle grille ; Henri Laborit ; Folio Essai ; Gallimard. Pg 187-188]]>

Critère de beauté ; Wright ; l'animal moral.

1. 1: Buss David ; « Sex differences in Human mate preferences : evolutionary hypotheses tested in 37 cultures », Behavioral and brain sciences, 12 (1989) et le New York Times du 13 juin 1989, p.C1. L’animal Moral, Psychologie évolutionniste et vie quotidienne ; Robert Wright ;Folio Documents ; Pg 110]]>

Les classes et leur lutte, sous-produit de la dominance par la production et autres moyens de domination ; Laborit

Le profit n’est qu’un moyen d’assurer la dominance ; la police, l’internement en hôpitaux psychiatriques ou en camps de concentration en sont d’autres, de même que l’espionnage, les tables d’écoute et les micros clandestins. Mais l’automatisation de la pensée, la création de réflexes conditionnés et de jugements de valeur restent sans doute les plus efficaces et les plus généralement utilisés. L’enseignement et les mass média aux mains des pouvoirs, c’est-à-dire du système hiérarchique, n’ont d’autres fonctions. On voit par là que l’institutionnalisation des règles d’obtention de la dominance, dont nous avons déjà parlé, constitue bien la structure hiérarchique professionnelle qui permet l’acquisition du pouvoir politique est un faux pouvoir politique puisque sa seule raison d’être est le maintien de la dominance des dominants sur les dominés dans un processus de production de marchandises. Pour nous, l’écueil fondamental rencontré dans la réalisation d’une société socialiste est avant tout constitué par les hiérarchies, par la distribution du pouvoir économique et politique suivant une échelle de valeur, elle-même établie en fonction de la productivité en marchandises. Quand une structure sociale n’est pas impliquée directement dans le système de production, elle l’est dans la protection de ce système et la protection des ses hiérarchies, comme c’est le cas pour l’armée, la justice, la police, la bureaucratie, l’art et ce qu’il est convenu d’appeler la culture. En résumé, où situer la classe des « travailleurs » et leurs intérêts de classe ? Il est probable qu’un cadre supérieur ou un O.S. pourront avoir conscience d’appartenir, ou de ne pas appartenir, au prolétariat, à la classe des « travailleurs », suivant les satisfaction de domination hiérarchique, ou les insatisfaction qu’ils éprouvent. Il existe dans la classe ouvrière de parfaits bourgeois et heureux de l’être, bien qu’exploité et dépouillé de leur plus-value, de même qu’il existe dans la bourgeoisie d’authentique prolétaires, et fiers de l’être, bien que profitant pleinement par ailleurs de leur pouvoir économique et politique dont il admettent l’équité puisqu’ils ne discutent pas l’existence du pouvoir hiérarchique, mais plutôt son mode de distribution. La notion de classe a été jusqu’ici fondée uniquement sur la possession ou non d’un pouvoir économique et politique. Ce pouvoir économique et politique est lui-même fondé sur un système hiérarchique, lequel est fonction de l’information professionnelle. Aussi longtemps que les partis dits de « gauche » ne remettront pas en cause ces bases mêmes du système hiérarchique, la lutte des classes n’aura qu’un sens tronqué et renaîtra toujours de ces cendres, puisque le système qui lui donne naissance n’aura pas été aboli. La nouvelle grille ; Henri Laborit ; Folio Essai ; Gallimard. Pg 184-185]]>

L'autoaveuglement masculin ; Wright

1. Telle est la grande sortie de secours des hommes, qui pratiquent cette forme de séduction élaborée et qui, pris de panique un beau matin, finissent par décamper. « Je l’aimais à l’époque », se souviendront-ils, émus, si on leur pose la question avec insistance. Cela ne signifie pas que l’amour d’un homme soit systématiquement feint, ni que chaque fois qu’il tombe amoureux il y ait égarement tactique. Il arrive que les hommes croient vraiment à leurs sentiments d’amour éternel. D’ailleurs, un mensonge total est-il vraiment possible ? En toute bonne foi l’amoureux transi n’a aucun moyen de savoir ce que le futur lui réserve. 1:Pour l’observation faite par Trivers en 1976 et la construction de son raisonnement, se reporter au chapitre XIII, « tromper les autres et se tromper soi-même ». La première personne à appliquer cette logique semble avoir été Joan Lockard (1980). Tooke et Camire(1990) apportent un début de preuve de l’autoaveuglement masculin. L’animal Moral, Psychologie évolutionniste et vie quotidienne ; Robert Wright ;Folio Documents ;extrait Pg 104-105]]>

La démocratie : phare dans un monde aveugle ou leurre dans un monde inconscient ?? ; Laborit

La démocratie semble devoir généraliser le pouvoir politique puisque la voix d’un P.-D.G. Ne vaut pas plus dans l’urne que celle d’un manœuvre. Cependant, il faut tout d’abord noter que, du fait de l’importance croissante de l’information spécialisée par rapport à la thermodynamique humaine, une masse croissante de la population participe plus ou moins à la satisfaction hiérarchique, et se trouve ainsi moins tentée de s’unir aux plus défavorisés, inconsciente qu’elle est de sa privation totale d’un pouvoir politique, qu’elle ne cherche même pas à revendiquer. « Vous savez, je ne fais pas de politique. » On vous dit cela comme on vous préviendrait que l’on n’est pas atteint de maladie contagieuse, sans réaliser que cela signifie à peu près que l’on est aveugle, muet et impuissant. Il est vrai que de faire de la politique comme on en fait généralement, comme en font d’ailleurs la majorité des politiciens, ce n’est pas tellement différent. Mais surtout, les notions d’information et de structure nous permettent maintenant de comprendre que l’élément P.-D.G. Ou manœuvre a relativement peu d’importance en comparaison des rapports, des relations qu’il entretiennent dans l’ensemble social. En d’autres termes, c’est la structure sociale, l’ensemble des relations entre les éléments de l’ensemble social, qui revêt de l’importance et non le nombre absolu de P.-D.G. ou de manœuvres. On peut imaginer des déplacements importants du nombre de ces éléments sans pour autant que la structure générale de l’ensemble soit profondément transformée. Dans une structure hiérarchique, il importe peu au fond que les dominants soient des capitalistes, des bourgeois, des technocrates ou des bureaucrates, qu’elle possède moins de manœuvres et plus de techniciens. L’étiquette accrochée aux éléments peut changer, la structure verticale hiérarchique reste la même. On conçoit dans ces conditions, comme nous l’avons déjà laissé entendre, que la démocratie est un jeu de dupes, dès qu’un pouvoir politique est délégué au sein d’une structure hiérarchique. C’est la raison sans doute du fait que malgré la disparition de la propriété privée des moyens de production, le pouvoir politique individuel ne s’est pas accru dans les régimes dits socialistes contemporains, c’est le moins que l’on puisse dire. Il résulte de tout cela que ce qu’exprime un bulletin de vote, ce n’est pas un pouvoir politique réel, informé de façon généralisée, un pouvoir fondé sur un savoir ou une indispensabilité, mais bien l’acceptation ou le refus d’un système hiérarchique qui prolonge sur le plan politique une hiérarchie professionnelle, suivant que l’individu se sent suffisamment ou non gratifié par sa situation hiérarchique professionnelle. On ne vote pas pour une remise en cause fondamentale de la finalité globale de l’état, si ce n’est dans des phrases stéréotypées qui se déchaînent contre « le profit capitaliste », sans remettre en cause l’expansion, pour la « qualité de vie », sans remettre en cause les hiérarchies ou la société industrielle, pour les petits commerçants, les petits agriculteurs, les petits artisans, etc., sans remettre en cause l’indispensabilité des classes fonctionnelles. Car pour exercer réellement un pouvoir politique, il faut être informé des problèmes posés aux structures générales de l’ensemble national au sein des ensembles internationaux et informé de façon non orientée, informé suivant le sens que nous donnerons plus loin à l’information généralisée. Nous n’en sommes point encore là. Les « nouvelles sociétés » ici ou là n’ont jamais envisagé, ni le temps nécessaire à chaque individu, ni le polymorphisme de l’information, ni les structures scientifiques, sociologiques en particulier, dans lesquelles cette information généralisée doit s’inscrire. Ces nouvelles sociétés ne sont que des sociétés de satisfactions économiques croissantes, liées à l’expansion, mais la satisfaction d’un besoin de pouvoir politique, impossible à réaliser sans information généralisée, n’est jamais envisagé. Et nous retrouvons la notion de « malaise social » telle que nous avons tenté de le définir précédemment. Le système étant fondé sur une hiérarchie de pouvoir professionnel à spectre extrêmement large, chaque individu trouve toujours un « inférieur » à paternaliser pour se gratifier et un « supérieur » pour l’empêcher de se gratifier, pour l’aliéner, mais aussi une institution que le sécurise sur l’avenir réservé à l’assouvissement de ses besoins fondamentaux. Ni heureux ni malheureux, l’individu est automatisé par les mass média de telle façon que ses motivations sont entièrement orientées vers la consommation des marchandises et la promotion sociale qui perpétuent les hiérarchies de valeur et de salaires puisque celle-ci sont entièrement organisées par la production de marchandises. La démocratie des pays « libres » (terme destiné sans doute à créer un mouvement d’opinion) montre que la plupart des individus votent, en pleine ignorance de ces problèmes fondamentaux, pour ceux qui leur promettent de conserver celle qu’il possèdent déjà. On vote suivant la conscience qu’on a de ses propres gratifications dans un système donné, suivant que l’on est satisfait ou non de son statut de dominance. Et lorsque l’on est insatisfait on vote contre le système, pour un autre système que ne remet jamais fondamentalement en cause les hiérarchies de dominance professionnelles non plus que l’expansion. On vote pour un système qui reproduira intégralement en changeant les étiquettes, les hiérarchies professionnelles, source fondamentale des aliénations. La nouvelle grille ; Henri Laborit ; Folio Essai ; Gallimard. Pg 180-183]]>