Analogie organisme humain -organisme social ; Laborit

Le pouvoir politique ne peut être que l’expression d’un groupe humain fonctionnel, et non d’un individu et que l’action politique d’un ensemble national ne peut être que la résultante de l’expression du pouvoir politique de toutes les classes fonctionnelles qui participent à la structure de la nation….. On imagine mal, dans un organisme, une seule cellule imposant son pouvoir à l’ensemble des cellules d’un organe ou de l’organisme. Quand l’une d’elles fait cavalier seul et se multiplie pour son propre compte, elle donne naissance à un cancer. Mais généralement dans un organisme normal un tel destin cellulaire est rapidement jugulé par ce qu’il est convenu d’appeler les moyens de défense, qui assure la destruction des éléments non conformes à la destinée commune. Il ne s’agit d’ailleurs pas, notons-le, de la soumission à un « conformisme » car un organisme normal est capable d’évolution. Mais celle-ci se situe au niveau de l’enrichissement informationnel et non de la régression à l’égoïsme unitaire.. La mémoire, l’enrichissement en expériences, sont des caractéristiques des systèmes vivants. Mais cette expérience acquise est utilisée pour la satisfaction de l’ensemble organique, pour l’amélioration de ses conditions de vie. La mémoire héréditaire, c’est-à-dire la structure génétique, la mémoire immunologique et la mémoire nerveuse, ne sont point autre chose. Si certains groupes moléculaires ou cellulaires en sont chargés, ce n’est pas pour leur propre compte, mais pour celui de l’ensemble organique. Or, là aussi la distinction est indispensable entre information et thermodynamique. Quand nous parlons d’amélioration des conditions de vie d’un organisme, il s’agit en réalité du maintien de son équilibre biologique par rapport à l’environnement et par son action sur l’environnement. Ainsi, un organisme n’améliore pas ses conditions de vie, lorsque, compte tenu de la quantité d’énergie qu’il libère et qui est exigée de lui par les variations survenant dans l’environnement, il mange au-delà de la quantité nécessaire au rétablissement des constantes de son milieu intérieur, de la concentration en glucose de son plasma par exemple. S’il le fait, il perturbe ses métabolismes, c’est-à-dire le fonctionnement de ses usines chimiques microscopiques que sont ces cellules et les maladies apparaissent, obésité, diabète gras, arthérosclérose, etc,… maladie de pléthore et de consommation qui accélèrent sa destruction et sa mort. Il est probable que pour les sociétés humaines une pléthore de consommation existe également et nous avons tenté plus haut d’en démonter les mécanismes que nous avons vu fondé sur le désir de puissance, alors que seul devrait être assuré l’assouvissement des besoins fondamentaux. C’est dire si l’analogie entre l’organisme humain et l’organisme social est possible, la croissance et l’expansion doivent avoir des limites. Malheureusement, nous possédons pour contrôler l’équilibre biologique d’un organisme humain des références quantifiables alors que nous ne savons pas encore quelles sont les constantes thermodynamiques (alimentaire) des groupes sociaux. Combien doivent-ils prélever d’énergie dans l’environnement et pour maintenir quel équilibre (quelle structure) social, pour fournir quel travail, libérer quelle quantité d’énergie mécanique ? La nouvelle grille ; Henri Laborit ; Folio Essai ; Gallimard. Pg 240-241]]>