Mondialisation = repport du problème; Laborit

Une société humaine établie dans un système écologique particulier et qui tire de celui-ci l’essentiel des éléments nécessaires à assouvir ses besoins, peut très bien ne pas connaître d’inflation si le travail et l’information qui lui permette de transformer la matière et l’énergie qu’elle prend à sa niche, sans aller la chercher ailleurs, lui permettent aussi de conserver son information-structure dans un « état stable » (steady state). Mais à partir du moment où cette information-structure consiste en une hiérarchie de dominance obtenue par l’accumulation du capital et que celle-ci fait appel à l’abstraction croissante dans l’information exclusivement professionnelle et à la production de marchandise, il est obligatoire que ces marchandises s’écoulent. Pour les vendre, il faut qu’on les achète, que le plus grand nombre d’individus participent à l’achat, un groupe restreint devenant insuffisant. D’où l’importance prise dans ce type de société par la publicité qui fait connaître, allume les désirs de consommation. Pour acheter, il faut l’argent nécessaire et en conséquence, il faut élever les salaires. Mais en élevant les salaires, la marge bénéficiaire, le profit capitaliste diminuent, d’où élévation des prix. Supposons maintenant que le groupe social envisagé ne puisse plus se contenter de ce qu’il trouve dans sa niche écologique et aille chercher en dehors d’elle matières premières et énergie qui lui manquent pour accroître sa production. La situation se complique car il doit fournir en échange aux occupants des niches écologiques environnantes une contrepartie de ce qu’il emprunte. Nous avons vu que le problème est simple pour l’impérialisme planétaire à l’égard des peuples non industrialisés. Mais entre groupes nationaux hautement industrialisés, l’exportation devient une nécessité. Il est alors évident que cela ne fait que reculer le problème, favoriser les groupes les plus technicisés, donc les mieux informés techniquement et finalement reporter à l’échelon international la course indéfinie des prix et des salaires, avec un retard constant des seconds sur les premiers afin de permettre l’accroissement du profit capitaliste. ………… Ce système aurait pu être efficace si la motivation du profit ayant été dépassée, celle de la dominance avait pu l’être aussi, et si l’on avait pu fournir au masses une nouvelle motivation. Sortir de sa niche écologique ne fait que reporter les problèmes liés à une course à la production à une échelle internationale ; Henry Laborit ; La nouvelle grille. La nouvelle grille ; Henri Laborit ; Folio Essai ; Gallimard. Pg 245-248]]>

Les réseaux d'autoaveuglement; Wright

1» Des soldats israéliens avaient tiré sur des civils palestiniens, et chaque camp considéraient que l’autre avait déclenché l’incident. Pourtant, la phrase pourrait s’appliquer avec la même exactitude à toutes sortes de luttes, grandes ou petites, menées depuis des siècles. À elle seule, cette phrase rend compte d’une bonne part de l’histoire de l’humanité. 1: The New York Times, 14 octobre L’animal Moral, Psychologie évolutionniste et vie quotidienne ; Robert Wright ;Folio Documents ; Pg 462]]>

Et si l'information devenait un but en soi? ; Laborit

L’énergie, la matière, ne sont traitées par l’information que dans le but de consommer. Mais si l’information devenait un but en soi, information-structure des sociétés humaines et information circulante ? Si la matière et l’énergie ne devenaient plus que des moyens d’accroître la connaissance, l’évolution des structures ? La nouvelle grille ; Henri Laborit ; Folio Essai ; Gallimard. Pg245]]>

La bénéfficacité; Wright ; l'animal moral.

beneffectance (la «bénefficacicé»). Il a été inventé en 1980 par le psychologue Athony Greenwald pour écrire cette tendance qu’on les hommes à se présenter comme des êtres bienfaisants et efficaces. Les deux composantes de ce mot-valise incarnent respectivement l’héritage de l’altruisme réciproque et celui des hiérarchies de statuts1. Cette distinction est un peu simplifiée à l’extrême. Dans la vie, les mandats de l’altruisme réciproque et du statut – à savoir, avoir l’air bienfaisant et efficace – peuvent se recouper. Au cours d’une expérience où l’on demandait à des gens ayant participé aux efforts d’une équipe quel rôle ils y avaient tenu, ils eurent tendance à répondre avec enthousiasme, si on leur disait au préalable que l’effort en question avait été couronné de succès. Si en revanche, on leur disait que c’était un échec, ils évoquaient d’avantage le rôle tenu par leur coéquipier2. Cette thésaurisation des louanges et ce partage des blâmes font sens dans la logique de l’évolution. Ils font apparaître quelqu’un comme bienfaisant, ayant aidé d’autres personnes du groupe à le réussite de l’entreprise, et méritant par conséquent une récompense future ; ils le font également apparaître efficace, et méritant donc un statut élevé. 1 :Voir Greenwald Anthony G., «The totalitarian ego : fabrication and revision of personal history» ; American Psychologist, 357, 1980, pg 603-618 et Trivers Robert, Social Evolution, Menlo Park, Californie, Benjamin/Cummings ; 1985, pg 418

2 :cité in Miller Dale T. et Ross Michael, «Self serving biaises in the attribution of causality : fact or fiction?», Psychological bulletin,  , 1975, pg 217. Un phénomène du même ordre est relaté par Ross Michael et Sicoly Flore, «Egocentric biaises in availability and attribution», journal of personality and social psychology, 37, 1979, pg. 322-336, expérience 2.

L’animal Moral, Psychologie évolutionniste et vie quotidienne ; Robert Wright ;Folio Documents ; Pg 456]]>

Principe de propriété; Laborit

Sur quels principes biologiques est fondé la propriété d’un élément d’une niche écologique qui n’est pas utilisée par le groupe humain qui s’y trouve pour assurer sa survie ? La nouvelle grille ; Henri Laborit ; Folio Essai ; Gallimard. Pg 244 Un article qui se résume à une question, quelle étrange chose? Si j’ai mis cette question seule, c’est justement pour souligner son importance. Elle est importante car elle n’est jamais posée. Les groupes humains n’ont pas envie d’entendre cette question, elle leur paraît inutile tant la réponse est évidente: c’est leur propriété, leur survie est en jeu, inutile donc de réfréchir. Il y a même un sentiment de rejet tant l’impression est forte que cette réponse soit partielle et partisane et que la question pourrait engendrer une réponse très déplaisante qui mettrait la survie du groupe en danger (en tout cas dans son mode de fonctionnement actuel). Commençons donc juste par la poser cette question. JS Alfgeist]]>

Le débat humain; Wright ; l'animal moral.

1. Si le style général du débat humain semble si facile, c’est parce que, au moment où il commence, le travail est déjà fait. Robest Trivers écrit à propos des disputes chroniques – que l’on pourrait appeler des renégociations contractuelles- qu’elles font souvent partie d’une relation étroite : amitié ou mariage. Le débat, note-t-il, «peut sembler éclater spontanément, avec peu de préavis, voir aucun ; et cependant, à mesure qu’il progresse, deux paysage d’information de dessinent, qui sont déjà organisé, attendant seulement l’éclair de la colère pour se dévoiler.»2 Ici l’hypothèse est que le cerveau humain serait en grande partie, une machine à fabriquer des discussions gagnantes, une machine à convaincre les autres que son propriétaire a raison – et par conséquent, une machine à convaincre ledit propriétaire de la même chose. Le cerveau est comme un bon avocat : on lui donne n’importe quel intérêts à défendre, et il se met en devoir de convaincre le monde de leur valeur morale et logique, sans s’occuper de savoir s’ils sont l’un ou l’autre. Comme un avocat, le cerveau humain veut la victoire, pas la vérité ; et comme un avocat, il est souvent plus remarquable pour son adresse que pour sa vertu. Bien avant que Trivers ne décrive les usages égoïstes de l’autoaveuglement, les chercheurs en sciences sociales avaient rassemblé des données qui allaient venir à l’appui de sa thèse. Au cours d’une expérience, on a exposé quatre arguments (deux pour et deux contre) à des individus ayant des positions très tranchées sur une question de société. Les uns plausibles, et les autres peu plausibles, proche de l’absurde. Les sujets ont eu tendance à se souvenir des arguments plausibles qui allaient dans le sens de leur opinions, ainsi que des autres qui n’allaient pas dans le sens de leur opinions, le résultat final étant qu’ils insistaient sur la justesse de leur position et sur la sottise de la position contraire3. On pourrait penser que, en tant que créatures rationnelles, nous allons un jour finir par nous méfier de notre infaillible rectitude, de cette façon que nous avons toujours de nous trouver du bon côté dans toute discussion relative à l’honneur, à l’argent, aux bonnes manière ou à quoi que ce soit d’autre. Pas du tout. Immanquablement – qu’il s’agit d’une place dans une file d’attente, d’une promotion jamais obtenue ou d’un accrochage en voiture – nous sommes choqués par l’aveuglement d’individus qui osent sous-entendre que notre indignation est injustifiée. 1 :Autobiographie, pg 105 2 :Trivers Robert, Social Evolution, Menlo Park, Californie, Benjamin/Cummings ; 1985, pg 420 3:Voir Aronson Elliot, The Social animal, San Francisco, W. H. Freeman, 1980, pg 109. Voir aussi Levine Jerome M. et Murphy Gardner ; 1943 L’animal Moral, Psychologie évolutionniste et vie quotidienne ; Robert Wright ;Folio Documents ; Pg 453-455]]>

Niche écologique- information structure nationale- ouverture sur un ensemble englobants ; Henry Laborit

Pendant longtemps, le cadre écologique immédiat a permis de survivre aux sociétés humaines. Bien que dès le début du néolithique, les échanges de matières premières et d’objets manufacturés fussent possibles, parfois à longue distance, beaucoup de groupes humains, surtout au Moyen Age, purent se sporuler et vivre en autarcie du fait de la faible importance des besoins, limités aux besoins fondamentaux de survie immédiate et de la crainte des envahisseurs, hordes itinérantes et guerrières. A mesure que les besoins se sont développés, le spectre des besoins s’élargit par diffusion socioculturelle intergroupes et la niche écologique devint insuffisante à les assouvir. Les échanges se multiplièrent. Avec l’importance croissante prise par le capital dans l’établissement des dominances, puis avec le développement fulgurant de l’information technique à l’ère industrielle, les besoins en matières premières et énergie devinrent prépondérant. La niche écologique devint rapidement insuffisante à les combler. L’information technique permit alors d’accroître les échanges à travers les objets manufacturés qu’elle permettait de produire en grand nombre et fut la principale force des pays industrialisés. Ceux-ci entrèrent dans l’ère du colonialisme qui leur permit d’assouvir leur soif en matières premières, puis avec la découverte du pétrole, en énergie. Vue sous ce jour, l’information-structure nationale peut être considérée par rapport à sa niche écologique immédiate et sa structure à l’intérieur de cette niche en y trouvant matière et énergie. C’est le cas de nombreux groupements humains primitifs en équilibre écologique avec leur environnement. L’absence d’ouverture sur un ensemble englobant fixe leur évolution et le plus souvent aboutit à leur liquidation progressive et à leur mort. Malgré la sympathie que nous pouvons éprouver pour une telle conception de la vie humaine, simple et « naturelle », nous devons aussi nous défier de jugement de valeur sous-jacent et nous dire que l’évolution d’une structure sociale n’est possible que par inclusion dans une structure plus complexe. Mais tout dépendra sans doute du type d’échange qui s’établiront alors entre cette structure sous-ensemble et l’ensemble auquel elle va appartenir. La nouvelle grille ; Henri Laborit ; Folio Essai ; Gallimard. Pg243-244]]>

la conscience: attachée de presse de notre cerveau; l'animal moral; Wright

1. Quand le sujet est amené à justifier sa conduite, l’hémisphère gauche passe de l’ignorance avérée à la mauvaise foi inconsciente. Exemple : la commande marcher es envoyée à l’hémisphère droit du cerveau d’un individu, et celui-ci s’exécute. Quand on lui demande où il va, l’hémisphère gauche, qui n’est pas au courant de la véritable raison de l’action, va en trouver une autre : «Je vais chercher à boire», dit l’homme, convaincu. Autre exemple : l’image d’un corps nu est projetée rapidement vers l’hémisphère droit du cerveau d’une femme, qui part alors d’un rire embarassé. Lorsqu’on lui demande pourquoi elle rit, elle fournit une explication moins osée que ne l’est la réalité2. Michael Gazzaniga, qui a dirigé quelques-unes de ces expériences sur les cerveaux divisés, dit du langage qu’il n’est que «l’attaché de presse» d’autres partie du cerveau ; il justifie tout acte provoqué par ces parties du cerveau, persuadant le monde extérieur que l’acteur est un être raisonnable, rationnel et honnête3. Il est possible que tout le domaine de la conscience soit lui-même, en grande partie, pariel attaché de presse, qu’il soit le lieu où nos communiqués de presse inconsciemment rédigés s’inspirent d’une conviction qui leur donnera leur force. La conscience trouve une grande variété d’innocents déguisements à la froide et égoïste logique des gènes. «On peut dire que la principale fonction évolutioniste du soi, écrit l’anthropologue darwinien Jerome Barkow, c’est d’être l’organe qui administre les impressions (plutôt que l’organe décideur, comme le prétend notre psychologie populaire)4.» On pourrait aller plus loin et dire que la psychologie populaire trouve elle aussi ses racines dans nos gènes. Autrement dit, non seulement le sentiment de contrôler «consciemment» notre conduite est une illusion (comme le suggère également d’autres expériences neurologiques), mais c’est aussi une illusion intentionnelle, conçue par la sélection naturelle pour donner de la conviction à nos propos. Pendant des siècles, on a abordé le débat philosophique portant sur le libre arbitre avec la vague, mais puissante, intuition que le libre arbitre existait ; nous (le «nous » conscient) sommes responsable de notre conduite. Il n’est pas interdit de penser que cette tranche non négligeable de l’histoire intellectuelle peut elle-mêmme portée au compte de la sélection naturelle – que l’une parmis les plus sacrées d’entre toutes les positions philosophiques est essentiellement une adaptation. 1 : voir Hilgard Ernest R., AtkinsonR.C. et Rita L., Introduction to psychology, New York, Harcourt Brace Jovanovich ; 1975, pg 52 2 :voir Krebs Denis, Denton K. et Higgins N.C., « On the evolution of self-knowledge and self-deception», in Macdonald Kevin, éd. Sociobiological perspectives on human devlopment, New York, Springer-verlag ; 1988, pg 109 ; Gazzaniga Michael, Nature’s Mind : the impact of darwinian selection thinking, emotions, sexuality, language and intelligence, New York, Basic Books, 1992, pg 80 3 :Cité par Timothy Ferris, The mind’s Sky (Bantam Books, 1992), pg 80 4 :Barkow Jerome, Darwin, Sex and Status, Toronto, University of Toronto Press, 1989, pg 104 L’animal Moral, Psychologie évolutionniste et vie quotidienne ; Robert Wright ;Folio Documents ; Pg 444-446]]>