Liberté de circulation ; Diamond

Pendant la durée de l’histoire humaine, si ce n’est dans les dernières mille années, il fut totalement impossible de voyager librement. Chaque village ou chaque tribu constituait une unité politique et vivait dans un état permanent de guerre avec les voisins, entrecoupé de trêves ou de périodes consacrées à la recherche de nouvelles alliances ou au commerce. C’est pourquoi l’existence des montagnards de Nouvelle-Guinée se déroulait en totalité dans un rayon de quinze kilomètres autour de leur lieu de naissance. Ils pouvaient parfois pénétrer sur des terres jouxtant celle de leur village, très rapidement au cours de raids guerriers ou lorsqu’ils en avaient la permission au cours des trèves, mais il ne bénéficiaient d’aucun pacte social qui leur auraient permis de voyager au-delà des terres avoisinant immédiatement les leurs. L’idée de tolérer des étrangers sur son territoire était aussi impensable que celle de permettre à des étrangers d’y pénétrer. De nos jours encore, cette façon, héritée du passé, de refuser qu’autruie pénètre sur son territoire persiste dans de nombreuse région du monde.

……

Lorsqu’à deux reprises, il m’est arrivé de négliger cette précaution – ou bien de demander la permission à un village qui n’était pas le bon- , et que j’ai effectué ma randonnée en me déplaçant en bateau sur une rivière, je me suis heurté, à mon retour, aux habitants du village qui me barraient la route avec leur canoës et, furieux que j’ai violé leur territoire, voulaient me lapider. J’ai vécu chez les Elopi, dans l’ouest de la Nouvelle-Guinée, et un jour j’entrepris de traverser le territoire de la tribu voisinne de Fayu, afin d’atteindre les montagnes situées au-delà. Les Elopi m’expliquèrent froidement que les Fayu me tueraient si j’essayais. Du point de vue des Néo-Guinéens, cela allait de soi. Les Fayu tuent bien sûr, tout étranger qui s’aventurent sur leur territoire, me dirent mes hôtes. Qui penserait qu’ils sont assez stupides pour laisser pénétrer sur leur territoire des étrangers, susceptibles de chasser leur gibier, de s’en prendre à leur femmes, d’introduire des maladies et de reconnaître le terrain en vue d’un raid guerrier ultérieur.

Jared Diamond ; Le troisième chimpanzé ; Folio essai ; 1992; p 408-409

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