Aventure du développement énergétique ; Bihouix

Commence la grande aventure de la révolution industrielle et du développement des forces productives, l’Angleterre qui exporte son charbon dans le monde entier, les corons du Nord, puis viennent les temps du pétrole, du gaz, enfin de l’hydroélectricité et du nucléaire… Grave simplification due à notre représentation collective d’un progrès technique forcément linéaire, car nous sommes en fait jamais sortis de l’âge du charbon. Depuis la première tonne extraite, la production et la consommation mondiales ont toujours augmenté , crise ou non : nous en sommes à une production de près de 7,7 milliards de tonnes par an en 2011 (charbon et lignite), ce qui fait du charbon la deuxième source d’énergie consommée (3,7 milliards de tonnes équivalent pétrole ou Gtep), juste après le pétrole (4,1 Gtep) et avant le gaz naturel (2,9 Gtep). Parmi les principaux pays consommateurs, on trouve, à côté de la Chine, des pays high tech comme les États-Unis et l’Allemagne.

Le pétrole n’est donc pas venu résoudre une pénurie de charbon, mais plutôt de baleine ! À la fin du XIXe siècle (l’exploitation du pétrole démarre en Pennsylvanie en 1859), une bonne partie de l’éclairage domestique, mais également publique, fonctionne encore à l’huile de baleine ou de cachalot. Moby Dick et ses amis rendent alors leur dernier souffle, car là aussi des innovations techniques et l’acharnement des capitaines Achab font des ravages : propulsion à vapeur et canon lance-harpons ont entraîné la quasi-extinction des baleines franches et des cachalots. Les rorquals, encore nombreux, sont jusque-là inaccessibles, car ils sont plus rapides et surtout coulent à pic après leur mort (mais ils connaîtront bientôt le même sort dans les premières décennies du XXe siècle grâce à d’autres innovations dans la pêche)1. Le pétrole est donc utilisé comme une huile, dont la production est plutôt artisanale : 30 000 puits en quelque sorte familiaux, requérant peu de moyens et d’investissements, produisent de l’ordre d’1 baril /jour chacun… Mais une nuit le l’hiver 1901, un puits éruptif, le gusher de Spindletop (Texas), triple brusquement l’ensemble de la production pétrolière aux États-Unis, il fallait trouver rapidement quelques débouchés… Le pétrole fut utilisé en partie pour la production électrique, mais ce fut surtout le déploiement vertigineux du moteur à explosion – en particulier à partir de 1908 avec le lancement du fameux modèle Ford T- qui permit de trouver un débouché à ce pétrole abondant et bon marché.

L’âge des Low Tech, Philippe Bihouix ; Anthropocène ; Seuil ; 2014 ; pp 30-32

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