Le jeûne indispensable à l'observance du brahmacharya-2; Autobiographie; Gandhi.

Le brahmacharya, c’est le contrôle des sens, tant en pensée qu’en parole et qu’en acte. Il n’est pas de jour où n’ait continué à m’apparaître un peu plus la nécessité de contraintes du genre de celles que j’ai énumérées plus haut. Il n’y a pas de limite aux possibilités de renoncement, de même qu’il n’y en a pas à celles du brahmacharya. Compris ainsi, le brahmacharya ne peut s’atteindre par l’effort limité. Nombreux sont ceux pour qui il ne sera jamais qu’un idéal. L’aspirant au brahmacharya ne cessera jamais d’avoir conscience de ces manquements, ne cessera jamais de traquer les passions qui rampent encore dans les recoins les plus obscurs de son coeur, et luttera sans relâche pour s’en débarasser. Tant que la pensée n’est pas complètement soumise au contrôle de la volonté, il ne saurait y avoir plénitude du brahmacharya. La pensée involontaire est une maladie de l’esprit, et soumettre la pensée signifie donc soumettre l’esprit, qu’il est encore plus difficile de courber que le vent. Mais le fait que Dieu existe à l’intérieure de l’être, rend possible même le contrôle de l’esprit. Que l’on aille pas s’imaginer que c’est là chose impossible, pour sa difficulté. C’est le but suprême. Peut-on s’étonner si l’effort requis pour y atteindre, doit, lui aussi, être suprême.

pg 263

Brahmacharya (II); Autobiographie ou mes expériences de vérité; Mohandas Karamchand Gandhi; puf; 2007

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L'effort et le vœu; Brahmacharya; Autobiographie; Gandhi.

L’importance des vœux s’imposa plus clairement que jamais à mon esprit. Je me rendis compte qu’un vœu, loin de fermer la porte à la vraie liberté, l’ouvrait. Jusqu’alors, si j’avais échoué, c’était par manque de volonté, par manque de confiance en moi-même, par manque de foi dans la Grâce divine – d’où les tribulations de ma pensée sur les flots bouillonnants du doute. Je me rendis compte qu’en refusant de se vouer, l’homme se laisse entraîner vers la tentation ; et que de se lier par un vœu, c’était comme de passer du libertinage à la monogamie du vrai mariage. « Je crois dans l’effort, je refuse de me lier par des vœux », – telle est la mentalité du faible, qui trahit le désir subtil de la chose à éviter. Sinon où gît la difficulté de la résolution définitive ? Je fais vœu de fuir le serpent qui, je le sais me mordra – je ne fais pas seulement un effort. Je sais que l’effort pur et simple peut signifier certitude de mort. L’effort pur et simple signifie l’ignorance du fait certain que le serpent me donnera forcément la mort. Le fait donc, de pouvoir se contenter quiètement du seul effort, signifie que je n’ai pas encore compris clairement la nécessité de l’acte décisif.

-Mais si je viens à changer de façon de voir, dans la suite?- comment puis-je me lier par un vœu ?

Tel est le genre de doute qui, souvent, nous fait reculer. C’est là encore, précisément, un doute qui trahit une perception insuffisamment claire de la nécessité de renoncer à telle ou telle chose. Voilà pourquoi Nishkoulânand1 dit dans son chant :

Le renoncement ne tient pas sans le détachement…..

Où le désir n’est plus, pousse comme fruit de nature, inévitablement, le vœu de renoncement.

1:poète Goujrâti du début du XIX eme, brahmane originaire du Katch, disciple de Sahajânand. On lui attribue 23 poèmes et 3000 pada ou stances détachées, traitant généralement du thème du Vairâgya « détachement du monde et des sens »

pg 258-259

Autobiographie ou mes expériences de vérité; Mohandas Karamchand Gandhi; puf; 2007

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Le Sermon sur la montagne et la Gîtâ; rencontre avec la religion; Autobiographie; Gandhi.

Mais le nouveau testament produisit sur moi une tout autre impression – notamment le Sermon sur la montagne, qui m’alla droit au cœur. Je le comparai avec la Gîtâ. Les versets : « Et moi je vous dis de ne point résister à celui qui vous maltraite ; au contraire, si quelqu’un vous frappe sur la joue droite, présentez lui encore l’autre. Si quelqu’un veut plaider contre vous pour prendre votre robe, abandonnez-lui encore votre manteau », me ravirent au-delà de toute mesure, et me rappelèrent le « Pour de l’eau donne un bon repas…. » de Šyâmal Bhatt. Ma jeune intelligence s’efforça d’unir dans un seul enseignement la Gîtâ, La lumière de l’Asie et le sermon sur la montagne. L’idée que le renoncement était la forme suprême de toute religion, exerçait un grand attrait sur moi.

pg 89

Autobiographie ou mes expériences de vérité; Mohandas Karamchand Gandhi; puf; 2007

De l'objet des sens à la mort; Bhagavad-Gitâ

Si l’homme arrête son attention sur les objets des sens, de l’attrait naît en lui pour eux.

De l’attrait sort le désir ; du désir se forme la colère.

De la colère naît l’égarement ; de l’égarement, la confusion de pensée ;

De la confusion de pensée, la ruine de la raison ; de la ruine de la raison, il meurt.

Gîta, 2, 62-63

Le silence; timidité, mon égide…; Autobiographie; Gandhi.

L’expérience m’a enseigné que le silence a sa part, dans la discipline spirituelle de quiconque s’est voué à la vérité. La tendance à force, à refouler ou à modifier la vérité, sciemment ou non, est une faiblesse naturelle, en l’homme ; et le silence est nécessaire, si l’on doit surmonter cette faiblesse. L’orateur laconique ne prononce que rarement une parole en l’air ; chacun de ses mots sera mesuré. Tant de gens brûlent à parler ! Il n’est pas un président de réunion qui ne soit accablé de demandes d’interpellation. Et chaque orateur qui reçoit le droit de parler, excède en générale le temps fixé, réclame un délai, et continue à parler sans autorisation. Tout ce bavardage peut difficilement passer pour rendre service utile au monde. C’est un tel gaspillage de temps ! En réalité, ma timidité a été pour moi une égide, un bouclier. Elle m’a permis de me développer. Elle m’a aidé à discerner la vérité.

pg 82

Autobiographie ou mes expériences de vérité; Mohandas Karamchand Gandhi; puf; 2007

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Celui qui rend le bien pour le mal, c'est comme s'il avait conquis le monde; Šyâmal Bhatt

As-tu eu de l’eau, donne un bon repas ;

Pour une inclinaison de tête, fais une révérence zélée ;

Pour la valeur d’une poignée d’herbe, rends un écu d’or ;

Pour qui te sauve la vie, donne la tienne dans son malheur ;

Pour un bienfait, comptes-en dix ; en esprit, en parole et en acte,

celui qui rend le bien pour le mal, c’est comme s’il avait conquis le monde.

Sixain de Šyâmal Bhatt : un des grands noms de la littérature goujrâti ; nés vers 1640, mort vers 1730, Brâhmane des environs d’Ahmedâbâd, poète très fécond, a été un spécialiste du sixain. Il est réputé aussi pour ses longs poèmes narratifs. On lui attribue 26 ouvrages dont certains très étendus.