L'inondation de Ninurta; Bottéro-Kramer; Lorsque les dieux faisaient l'homme.

Pareil à une inondation immense

Ma bataille a recouvert la Montagne :

Avec « un corps et des muscles de lion »,

Elle a bondi sur le contrée rebelle,

Dont les Dieux, affolés, ont pris la fuite vers les monts,

Battant des ailes, telle une volée d’oiseaux,

Et comme des Aurochs chassées des pâturages !

Retour de Ninurta à Nippur, v. 119-123

Lorsque les dieux faisaient l’homme, Mythologie mésopotamienne par Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer, Bibliothèque des Histoires, nrf, Éditions Gallimard.

Extraits choisis du Lugal.e; Bottéro-Kramer; Lorsque les dieux faisaient l'homme.

Et lorsqu’en la contrée rebelle, il eut sarclé comme joncs

et arraché comme roseaux l’Asakku,

Le seigneur Ninurta …… sa matraque (en disant)

« Tel……. :

Désormais, on ne t’appellera plus Asakku, mais « Pierre »

-Une pierre dont le nom propre sera zalqu

au sein de quoi se trouvera l’Enfer

et dont la vaillance reviendra au seigneur. »

…………….

Or en ce temps-là, l’eau vivificatrice

ne sortait pas encore du sol,

Mais, transformée en glace accumulée,

elle ravinait, en fondant, les montagnes,

aussi les dieux du pays, réduits au travail forcé,

devaient-ils -telle était leur corvée-

porter la pioche et le couffin

car, afin d’assurer la production,

on avait pas d’autre ouvriers à engager.

………………..

Cruelle était la famine, car rien n’était encore produit !

Nul ne nettoyait les canaux, nul n’en draguait la fange,

Et, faute de drainage, la glèbe était imbibée d’eau !

Il n’y avait d’orge que clairsemée :

On ne creusait pas de sillon,

C’est à quoi le Seigneur appliqua sa haute intelligence :

il entreprit la réalisation de merveilles1 !

En la montagne, il amoncela donc les pierres,

et, déployant ses bras

tel un nuage épais qui traverse le ciel,

il verrouilla le front du pays, comme une altière muraille

……………….

Dès lors, le contenu entier de l’univers,

sous la coupe du roi du pays, jusqu’aux bouts de la terre,

jouirait des bienfaits du Seigneur Ninurta !

A la terre arable, il assigna donc

la culture de l’orge diaprée ;

des jardins et vergers il fit sortir des fruits,

et remplit les silos de monceaux de grains.

Hors du pays, il installa des comptoirs de commerce,

ainsi contenta-t-il tous les désirs des dieux,

lesquels, à l’envi, proclamèrent

Le los du père de Ninurta !

Une fois, cependant, il attrista le coeur d’une femme, sa mère,

Ninmah, qui en perdit le sommeil, sur sa couche

où, se souvenait-elle, elle l’avait conçu !

Son corps vêtu d’une toison de laine, semblant une brebis,

une brebis pas encore tondue,

elle se complaignait aigrement que lui fût fermée la montagne.

………….

Ontologie des noms de Ninhursag, nouvelle attribution de Ninmah

Le nom sera désormais « les monts » (hur.sag)

et tu en seras « la dame »(nin).

Tel est ton destin arrêté par moi, Ninurta :

Ainsi en sera-t-il !

Aussi, dorénavant, te dira-t-on toujours « dame-des-monts »

……….

Déesse auguste (dingir.mah) qui n’aimes guère les bavardages ;

Noble femme, dame des monts (Nin. Hursag), lieu pur (ki.sikil) ;

Dame de l’enfantement (Nin.tu) ….

1:On trouvera en akkadien cette expression dans l’épopée de la création attribuée à Marduk

Extrait du Lugal.e v.324-330, 334-339, 343-351, 360-371 et 394-396

Lorsque les dieux faisaient l’homme, Mythologie mésopotamienne par Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer, Bibliothèque des Histoires, nrf, Éditions Gallimard.

Atténuation tardive de la cruauté d'Inanna/Ištar-2; Bottéro-Kramer; Lorsque les dieux faisaient l'homme.

En somme, Inanna est présentée comme « revenue », en quelque sorte, à l’amour qu’elle portait à Dumuzi avant de le livrer pour son propre salut. Ce trait, dont il subsiste d’autres traces dans la tradition littéraire ancienne, est de la même inspiration que celui qui cherchait à atténuer la responsabilité de la cruelle et lâche décision de la déesse en le faisant partager par Ereškigal. Il semble dons que, pour de pieuses raisons sans doute, on aura voulu affaiblir, voire effacer, dans le mythe, ce qui, aux yeux d’une sensibilité religieuse plus évoluée, ne paraissait pas digne d’une aussi grande et vénérable divinité.

Commentaire sur Inanna et Bilulu pg 337

Lorsque les dieux faisaient l’homme, Mythologie mésopotamienne par Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer, Bibliothèque des Histoires, nrf, Éditions Gallimard.

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Atténuation tardive de la cruauté d'Inanna/Ištar-1; Bottéro-Kramer; Lorsque les dieux faisaient l'homme.

En mettant sur la bouche d’Éreškigal en personne les ordres donnés à son lieutenant, non seulement de ranimer Ištar, et , implicitement, de la faire sortir de l’Enfer, puis, au lieu et place de la troupe démoniaque, de veiller à ce qu’elle fournisse un remplaçant de sa personne, mais aussi de s’arranger pour que Tammuz ait l’air à l’aise et fringuant-sous entendu : lorsque Ištar tombera sur lui- la version allège en quelque sorte la responsabilité de la déesse : en s’irritant de voir son amant festoyer, alors qu’elle-même était détenue en enfer, et en le condamnant précisément pour cette inconscience ou cette insolence, à l’y remplacer, Ištar est donc tombée dans le piège que lui a machiné la noire Éreškigal, furieuse qu’on lui ait arraché sa prisonnière. De toute évidence, la Descente d’Ištar, si elle laisse bien au compte de l’héroïne d’avoir rejeté et damné son amant en contrecoup de sa propre foucade, présente la chose plus discrètement que dans la Descente d’Inanna, et comme en essayant d’estomper quelque peu l’horreur de cette trahison, puisqu’elle en fait partager la responsabilité avec Éreškigal.

Commentaire sur la Descente d’Ištar aux Enfers (variante akkadienne de la descente d’Inanna aux Enfers) pg 327-328

Lorsque les dieux faisaient l’homme, Mythologie mésopotamienne par Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer, Bibliothèque des Histoires, nrf, Éditions Gallimard.

Autre version de l'aide d'utu à Dumuzi; Bottéro-Kramer; Lorsque les dieux faisaient l'homme.

A Utu son protecteur :

« Change mes mains en « mains de gazelle »,

change mes pieds en « pieds de gazelle »,

afin que j’échappe aux démons,

et qu’ils ne me retiennent pas! »

Utu agréa ses larmes,

et le changea en šegbar, son aspect transformé :

Il circulait donc parmi les chevreaux,

traité comme l’un d’eux et respectés par eux !

Mais, dans son épouvante,

il avait abandonné son vêtement sur un roncier ;…

Complainte d’Inanna sur le trépas de Dumuzi, v.79-86.

Lorsque les dieux faisaient l’homme, Mythologie mésopotamienne par Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer, Bibliothèque des Histoires, nrf, Éditions Gallimard.

Capture de Dumuzi; Bottéro-Kramer; Lorsque les dieux faisaient l'homme.

Cependant s’avançait contre Dumuzi

toute une troupe hétéroclite :

dédaigneux des offrandes de nourriture et de boisson,

Ne mangeant point la farine épandue en sacrifice,

Ne buvant pas l’eau versée en libation,

n’acceptant pas les cadeaux séducteurs,

ne comblant pas de volupté un giron de femme,

ni ne serrant dans leur bras de doux bambins,

ils n’appréciaient point l’ail piquant

et ne consommaient ni poisson ni poireaux !

Contre le roi s’avançait un couple de démons d’Adab,

chardons de marécages, ronces d’eau nauséabonde,

la main sur la table à offrandes et la langue au palais ;

s’avançait pareillement un couple de démons d’Akšak,

Porteurs de ….. autour du cou ;

S’avançait aussi un couple de démons d’Uruk,

leur ceinture garnie de casse-têtes ;

s’avançait également un couple de démons d’Ur,

revêtus, sur leur ……., de vêtements brillants ;

Et s’avançait encore, contre le roi,

un couple de démons de Nippur.

Ils approchaient du bercail en criant : « Sus! » l’un à l’autre.

En chemin, ils s’emparèrent de Geštinanna :

Mais elle refusait l’eau de rivière qu’ils lui offraient,

Elle refusa le grain des champs qu’ils lui présentaient !

Et les petits démons de dire alors aux gros-

Les plus malins des démons de dire aux plus épais :

« Un savant privé de mémoire,

un chemin qui ne mène nulle part,

et une sœur qui trahit le refuge de son frère,

Qui a donc jamais vu cela ?

Allons plutôt trouver l’ami de Dumuzi! »

A son ami, ils proposèrent donc ……. :

Il accepta l’eau de la rivière qu’ils lui offraient,

Il accepta le grain des champs qu’ils lui présentaient

(et il leur dit)

« Mon ami s’est dissimulé parmi la verdure :

J’ignore où! »

Et de chercher Dumuzi parmi la verdure-

mais en vain !

« Mon ami s’est dissimulé parmi les« petites plantes » :

J’ignore où! »

Et de chercher Dumuzi parmi les « petites plantes »-

mais en vain ! –

« Mon ami s’est dissimulé parmi les« grandes plantes » :

J’ignore où! »

Et de chercher Dumuzi parmi les « grandes plantes »-

mais en vain ! –

« Mon ami s’est dissimulé en des tranchées profondes! »

Et c’est dans ces tranchées profondes

qu’ils s’emparèrent de Dumuzi.

Le rêve de Dumuzi et sa mort, v. 110-151

Lorsque les dieux faisaient l’homme, Mythologie mésopotamienne par Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer, Bibliothèque des Histoires, nrf, Éditions Gallimard

Les plaintes d'une sœur pour son frère; Bottéro-Kramer; Lorsque les dieux faisaient l'homme.

« Utu ! Je suis ton ami !

Tu connais le bon garçon que je suis !

J’ai pris pour « épouse » ta sœur !

Elle est descendue au monde d’En-bas,

Et, parce qu’elle y est descendue,

Pour lui servir de substitut,

Elle m’a livré au monde d’En-bas !

Tu es un juge équitable, Utu !

Ne me laisse pas emmener !

……………………..

(Utut change ses membres, pareil à un python et Dumuzi se réfugie chez sa soeur, Geštinanna)

Dumuzi se transporta chez Geštinanna, sa sœur !

Lorsque Geštinanna vit son frère,

elle se lacéra les joues et la bouche,

En le contemplant.

Puis elle l’enveloppa de son manteau

et exhala une complainte amère

Sur le jeune-homme torturé :

« Ah ! Mon frère ! Mon frère !

Jeune-homme dont les jours n’auront pas été accomplis !

Mon frère, ô pasteur Ama.ušumgalanna,

Dont ni jours ni années n’auront été accomplis!

Mon frère ! Jeune-homme sans enfant ni épouse, sans compagnons ni amis ! Mon frère !

Mon frère ! Jeune-homme qui n’aura pas

réconforté sa mère! »

Autre version du dernier épisode d’Inanna aux Enfers extrait choisis v.23-28, v.37-46

Lorsque les dieux faisaient l’homme, Mythologie mésopotamienne par Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer, Bibliothèque des Histoires, nrf, Éditions Gallimard.

Inanna remonte et livre son substitut; Bottéro-Kramer; Lorsque les dieux faisaient l'homme.

-Bon dirent les démons, nous allons poursuivre

jusqu’au grand pommier du plat-pays de Kul’aba !

Il l’escortèrent donc jusqu’au grand pommier

du plat-pays de Kul’aba !

Dumuzi s’y trouvait confortablement installé

sur une estrade majestueuse !

Les démons se saisirent de lui par les jambes,

Sept d’entre eux renversèrent le lait de la baratte,

cependant que certains hochaient la tête,

comme la mère d’un malade,

et que les pasteurs non loin de là,

continuaient de jouer de la flûte et du pipeau !

Inanna porta sur lui un regard : un regard meurtrier !

Elle prononça contre lui une parole : un parole furibonde !

Elle jeta contre lui un cri : un cri de damnation !

« C’est lui, emmenez-le! »

Ainsi leur livra-t-elle le pasteur Dumuzi.

Or, ceux qui l’escortaient,

ceux qui escortaient Dumuzi,

Dédaignaient les offrandes de nourriture et de boisson

ne mangeaient point la farine épandue en sacrifice,

ni ne buvaient l’eau versée en libation :

Ils ne comblaient pas de volupté un sein de femme,

Ni ne serraient en leurs bras de doux bambins,

mais arrachaient les enfants des genoux de leur mère

et emportaient de chez son beau-père la jeune épousée !

Dumuzi, tout en pleurs, et ruissselant de larmes,

leva les mains au ciel, vers Utu :

« Utu (disait-il), tu es le frère de ma « femme »

et je suis le « mari » de ta soeur !

C’est moi qui apportais chez votre mère de la crème,

moi qui apportait du lait chez Ningal !

Change mes mains en « mains de serpent »,

change mes pieds en « pieds de serpent »,

pour que j’échappe aux démons

et qu’ils ne me gardent point! »

Utu accepta ses larmes :

Il changea ses mains en « mains de serpent »,

et ses pieds en « pieds de serpent »,

si bien qu’il échappa au démons,

qui ne purent garder

(manquent : la fuite de Dumuzi chez sa soeur, Geštinanna, laquelle adressait alors à Inanna une prière pour qu’on la prît elle même en Enfer, en place de son frère. Arrivée de la « mouche », qui révélait aux démons la cachette de Dumuzi, en récompense de quoi Inanna lui « assignait un destin » favorable.)

……………

Puis comme Dumuzi pleurait,

Ma souveraine vint à lui

le prit par la main (et lui dit) :

« Toi, ce sera seulement la moitié de l’année,

et ta soeur, l’autre moitié !

Lorsque l’on t’y réclamera

on s’emparera de toi-

et lorsqu’on y réclamera ta soeur,

on s’emparera d’elle! »

Voila comment la sainte Inanna

fit de Dumuzi son substitut.

La descente d’Inanna aux enfers extrait choisis v.330-363, v.388-393

Lorsque les dieux faisaient l’homme, Mythologie mésopotamienne par Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer, Bibliothèque des Histoires, nrf, Éditions Gallimard.

De l'objet des sens à la mort; Bhagavad-Gitâ

Si l’homme arrête son attention sur les objets des sens, de l’attrait naît en lui pour eux.

De l’attrait sort le désir ; du désir se forme la colère.

De la colère naît l’égarement ; de l’égarement, la confusion de pensée ;

De la confusion de pensée, la ruine de la raison ; de la ruine de la raison, il meurt.

Gîta, 2, 62-63

Le silence; timidité, mon égide…; Autobiographie; Gandhi.

L’expérience m’a enseigné que le silence a sa part, dans la discipline spirituelle de quiconque s’est voué à la vérité. La tendance à force, à refouler ou à modifier la vérité, sciemment ou non, est une faiblesse naturelle, en l’homme ; et le silence est nécessaire, si l’on doit surmonter cette faiblesse. L’orateur laconique ne prononce que rarement une parole en l’air ; chacun de ses mots sera mesuré. Tant de gens brûlent à parler ! Il n’est pas un président de réunion qui ne soit accablé de demandes d’interpellation. Et chaque orateur qui reçoit le droit de parler, excède en générale le temps fixé, réclame un délai, et continue à parler sans autorisation. Tout ce bavardage peut difficilement passer pour rendre service utile au monde. C’est un tel gaspillage de temps ! En réalité, ma timidité a été pour moi une égide, un bouclier. Elle m’a permis de me développer. Elle m’a aidé à discerner la vérité.

pg 82

Autobiographie ou mes expériences de vérité; Mohandas Karamchand Gandhi; puf; 2007

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