Liens entre Osiris et Dionysos; Enquête, Hérodote

Pour Dionysos1, en revanche, chacun égorge un pourceau devant sa porte, au premier jour de la fête du dieu, et le rend au porcher qui le lui a vendu, pour qu’il l’emporte. Le reste de la fête se déroule en Égypte exactement comme en Grèce ou presque, sauf pour les chœur de danse; mais, au lieu du phallus, ils ont imaginé de faire des statuettes d’une coudée environ, mues par des fils, que les femmes promènent par les villages en faisant mouvoir le membre viril, qui n’est pas beaucoup moins grand que le reste du corps. Un joueur de flûte ouvre la marche, les femmes suivent en chantant des hymnes à Dionysos. Pourquoi ce membre viril démesurément grand? Pourquoi est-ce la seule partie du corps qu’on fasse remuer? Il y a sur ce sujet un texte sacré2.

À ce sujet, je crois que Mélampous fils d’Amythaon3, loin d’ignorer ce rite, l’a parfaitement connu: car c’est lui qui introduisit Dionysos en Grèce, ainsi que les cérémonies de son culte et la procession du phallus. Il est vrai qu’il n’a pas tout compris et expliqué, et que les Sages qui vinrent après lui ont complété ses enseignements; mais c’est Mélampous qui introduisit en Grèce la procession du phallus en l’honneur du Dieu, et c’est à lui que les Grecs doivent les rites qu’ils accomplissent encore maintenant. Pour moi, je prétend que Mélampous fut un homme habile qui instiuta l’art de la divination et introduisit en Grèce, entre autres sciences apprises en Égypte, le culte de Dionysos, avec quelques modifications de peu d’importance. Je n’admettrai certes jamais une ressemblance toute fortuite entre les culte de Dionysos en Égypte et en Grèce: si tel était le cas, ce culte serait en complet accord avec les coutumes des Grecs et son apparition chez nous n’aurait pas été tardive. Je n’admettrai pas d’avantage que les égyptiens aient pris ces rites ou toutes autres pratique à la Grèce. Il me semble bien plus probable que Mélampous ait connu le culte de Dionysos par le Tyrien Cadmos4 et les phéniciens qui s’installèrent avec lui dans la contrée qu’on appelle aujourd’hui la Béotie.

1: Osiris

2: Le culte de Dionysos en Grèce comportait, à côté des processions phalliques, des chœurs chantant et dansant, d’où naquirent les représentations dramatiques associées aux fêtes du sieu. En Égypte, lors des fêtes appelées Pamylies, célébrées en l’honneur de Pamyle, père nourricier d’osiris, on exhibait des Osiris ithyphalliques (du grec ithuphallos « pénis en érection » didact (gr. antiqu): relatif au pénis en érection. Robert)

3:Le devin Mélampous, descendant de créthée fils d’Éole, apparaît dans l’Odyssée où, de Pylos, il va régner sur Argos; prêtre et médecin, il aurait introduit dans la Pélponèse le culte et les processions du Dieu

4: Dionysos est fils de Zeus et de Sémélé (fille de Cadmos)

pg 186

L’Enquête, Livre II, Hérodote, Edition d’André Barguet, folio classique.

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Le porc, la bête impure; Enquête, Hérodote

Le porc passe chez les Égyptiens pour une bête impure. Qui en frôle un au passage va aussitôt se plonger dans le fleuve tout habillé; de plus, les porchers, quoique Égyptiens de naissance, sont seul en Égypte à ne pouvoir entrer dans un temple; personne ne consent à donner sa fille en mariage à un porcher, ni à prendre femme chez eux: ils se marient entre eux. Il n’est pas permis en Égypte de sacrifier un porc aux dieux, sauf à la Lune et à Dionysos1, qui admettent tous les deux cette victime au même moment, pendant la même pleine lune; après le sacrifice on mange la chair de la bête. Pourquoi les Égyptiens, qui dans les autres fêtes ont horreur des porcs, en sacrifient-ils dans celle-ci? Ils en donnent une raison que je connais, mais je juge plus convenable de la taire2.

1: Osiris

2: Dans la mythologie osirienne la lune, lors de ses phases et de ses éclipses, est dévorée par un porc noir, image du Dieu Seth meurtrier d’Osiris. Le sacrifice rituel du porc a lieu au moment de la pleine lune, c’est à dire quand l’astre est sorti vainqueur de la lutte. Osiris-Dionysos, victime également de Seth, fut identifié à la lune. Cet Osiris-Lune est considéré par Hérodote comme deux entités distinctes

pg 184-185

L’Enquête, Livre II, Hérodote, Edition d’André Barguet, folio classique.

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